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Débrayage, absentéisme, pétitions, grèves perlées, ouverture de blogs, voire séquestration de leur patron... De nouvelles formes de conflits et de revendications apparaissent chez les salariés. De nouveaux indicateurs de tensions sociales.
Jeudi 12 mars au soir : les salariés du site Sony de Pontoux-sur-l’Adour
(Landes), qui fermera
le 17 avril, ont séquestré leur PDG, Serge Foucher, et leur DRH. "Il ne veut pas nous entendre(…). On n’a plus grand-chose à perdre, puisqu’on a déjà perdu notre emploi ", argumentait le délégué
syndical CGT, Patrick Hachaguer. Ce matin, le PDG de Sony France est délivré sans encombre. Il n’empêche, cette forme de conflit social poussé à l’extrême était encore impensable il y a quelques
années.
Manifestations du mal-être patent des salariés, plusieurs formes de
contestations sociales apparaissent, avec souvent une mise à l’écart des syndicats. Et constituent de nouveaux indicateurs pour les chefs d’entreprise. Pour comprendre ce qui se passe dans la
tête de leurs salariés. Plus encore avec la crise, et les plans de licenciements massifs, ou de chômage partiel.
Déjà les enquêtes Réponse et Acemo de l’Insee observent la remontée des conflits depuis une quinzaine d'années, et une
évolution des modalités d'action utilisées par les salariés, notamment une montée des situations conflictuelles sans arrêts de travail. D’après ces enquêtes, cela passe par exemple par le
débrayage – un mode de conflit d'une durée inférieure à une journée, qui échappe donc au comptage par les inspecteurs du travail. 8% des établissements de plus de 50 salariés ont connu ce type de
mouvement dans les années 2002-2004, contre 10% au début des années 90. Ces débrayages peuvent prendre la forme d'un arrêt de travail d'une demi-heure le matin, qui ralentissent nettement la
production.
Autre forme de revendication, le refus des heures supplémentaires, apparue dans
certaines usines. Ces études reflètent aussi un certain passage du conflit collectif au conflit individuel, qui se manifeste par la montée du recours aux prud'hommes et par une augmentation de
l'absentéisme. Le recours aux pétitions est également en hausse – des pétitions dont l’efficacité renforcée par leur médiatisation, et le souci des entreprises de
maîtriser leur image.
Parfois, des collectifs se greffent aux salariés grévistes, et coordonnent de
nouvelles formes d’actions sociales. Durant plusieurs semaines, une vingtaine de vendeurs à domicile ont occupé les locaux du câblo-opérateur Numéricable, pour dénoncer le licenciement d’une
dizaine d’entre eux et un nouveau mode de calcul de leur rémunération. Avec le soutien d’un collectif d'extrême gauche, "Les désobéissants" : initialement spécialisé dans l’occupation de sites
nucléaires, il apporte aux salariés frondeurs de Numéricable une vingtaine de bénévoles, et une logistique pour diffuser articles et vidéos sur Internet, contacts auprès des médias, gestion de
l’occupation des locaux…
Si le conflit a été dénoué en février, avec un médiateur (et trois
licenciements à la clé), l’intervention d’un mouvement altermondialiste dans les affaires internes d’une entreprise a constitué
une première. Au grand dam des syndicats, mis sur la touche.
Ces derniers mois, d’autres formes de revendications sociales, psans étiquette
syndicale, plus pédagogiques et "visuelles".
Comme des blogs collectifs de salariés, plus aucunement étiquetés par des syndicats (notre article). Des journalistes et dessinateurs relaient aussi les conflits sociaux à travers des
bandes dessinées engagées (notre article). Dans un autre genre, au Québec, des journalistes et employés en chômage forcé du Journal
de Montréal ont ouvert leur propre site d’informations . Le propriétaire du journal québecois ayant déclaré le 24 janvier un lock-out, cette procédure par laquelle un patron peut empêcher
ses salariés de travailler en riposte à leurs revendications.